Après avoir posé les bases d’une gouvernance solide (article 1) et d’une donnée carbone fiable (article 2), reste un enjeu central pour accélérer la décarbonation des transports : la capacité à anticiper et à arbitrer intelligemment dans un environnement logistique de plus en plus complexe.
Les technologies comme l’IA, les moteurs d’optimisation ou les jumeaux numériques permettent aujourd’hui de dépasser le simple suivi des émissions, pour entrer dans une logique de projection, de simulation et de décision à fort impact.
De la mesure à la simulation : changer de posture
Mesurer les émissions est une condition nécessaire. Mais mesurer n’est pas piloter, et piloter n’est pas optimiser.
Le véritable passage à l’échelle s’opère quand les données deviennent :
- Prédictives : que va-t-il se passer si je change mon réseau, mes fréquences ou mes règles de transport ?
- Simulables : quel est le scénario le plus sobre, réaliste et acceptable pour mes équipes ?
- Comparables : entre plusieurs options, quel est le compromis optimal coût / service / CO₂ ?
Les entreprises les plus avancées ne se contentent plus de suivre leurs émissions : elles les projettent, les scénarisent et les pilotent activement.
L’IA et l’optimisation : des leviers de performance et de sobriété
Les moteurs d’optimisation intégrant des critères carbones se généralisent. Certains outils permettent déjà de :
- Recalculer les plans de transport pour intégrer les données CO₂,
- Réduire les kilomètres à vide ou les flux discontinus par apprentissage automatique,
- Réorienter dynamiquement les livraisons en cas de saturation ou d’aléas,
- Identifier des gains “cachés” dans les plans actuels, non visibles dans les approches traditionnelles.
L’IA ne remplace pas les experts transport. Elle augmente leur capacité à décider vite et bien, en intégrant des dimensions auparavant difficilement traitables (émissions, disponibilité, réglementations locales, etc.).
Le jumeau numérique logistique : tester avant de transformer
Le jumeau numérique logistique est une réplique virtuelle du réseau physique (entrepôts, flux, prestataires, stocks, délais, coûts, émissions…), qui permet de simuler des scénarios de transformation avant de les lancer.
Concrètement, ces outils permettent de :
- Visualiser l’impact d’un changement de schéma directeur ou d’un nouveau site,
- Tester des hypothèses : massification, mutualisation, report modal, relocalisation fournisseurs,
- Arbitrer entre plusieurs options de manière chiffrée (coût – service – CO₂),
- Construire des trajectoires progressives de décarbonation intégrées à la stratégie supply chain.
Le jumeau numérique devient un outil de dialogue stratégique entre la supply, la RSE, les opérations et la direction.
Vers une logistique sobre, agile et pilotée
La combinaison de ces outils technologiques permet de faire évoluer la posture des entreprises :
- Passer de la réaction à l’anticipation, en intégrant les objectifs CO₂ dès la conception des flux,
- Accélérer les décisions, grâce à des simulations multicritères,
- Réconcilier performance économique et environnementale, en visualisant les arbitrages.
Ce sont des leviers particulièrement puissants dans un contexte de contraintes multiples : réduction des émissions, pression sur les coûts, exigences clients, raréfaction des capacités de transport, réglementation croissante…
L’optimisation technologique n’est pas un luxe, c’est un accélérateur stratégique.
Les outils d’aide à la décision, IA, jumeaux numériques, moteurs d’optimisation permettent de rendre les trajectoires bas carbones compatibles avec la réalité opérationnelle.
Encore faut-il qu’ils soient alimentés par des données fiables, intégrés à une gouvernance structurée, et portés par des équipes capables d’en faire des leviers concrets de transformation.
Avec ces briques, la logistique bas carbone devient non seulement possible, mais performante et pilotable à grande échelle.