Enquête Circular Supply Chain – Anaïs Leblanc (Citwell) dans Supply Chain Magazine

Anaïs Leblanc dans supply chain magazine

Dans le n°84 de Supply Chain Magazine (décembre 2025), consacré aux pionniers de la Circular Supply Chain, Anaïs Leblanc, Associée chez Citwell, revient sur les conditions de mise en œuvre des modèles circulaires. Elle aborde les enjeux de conception produit, de business model, de schémas opérationnels et de gouvernance des flux, avec un regard très concret sur les arbitrages économiques liés à la circularité.

Une Circular Supply Chain plus coopérative

À la manière de Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, certaines entreprises pratiquent déjà la Circular Supply Chain sans toujours la nommer ainsi. Pour les autres, une mutation profonde s’engage, qui nécessite de se poser un certain nombre de questions structurantes en amont.

Pour Anaïs Leblanc, la Circular Supply Chain suppose un changement de posture fort : « Une Supply Chain circulaire est potentiellement moins verticale qu’une Supply Chain linéaire et requiert de travailler davantage en coopération, plus libre et plus ouverte. »

Elle insiste sur le fait que ces nouveaux modèles dépassent largement le seul périmètre de l’entreprise : ils s’inscrivent dans une logique d’écosystème incluant, par exemple, des acteurs de la réparation, du reconditionnement ou de la collecte.

Repenser le produit dès la conception

La circularité commence très en amont, au moment même de la conception du produit. Certaines catégories de produits jetables se prêtent difficilement à un modèle circulaire, mais des secteurs a priori moins évidents se saisissent désormais du sujet.

Anaïs Leblanc observe notamment l’émergence de réflexions chez des acteurs de la cosmétique, qui étudient la possibilité de vendre des recharges sans le contenant d’origine, ou de développer des formats réutilisables. On le voit déjà apparaître dans certains supermarchés pour les très grands consommateurs, mais la question se pose aussi pour des marques premium.

L’enjeu consiste à concilier durabilité technique, acceptabilité sociale et faisabilité industrielle, dans un contexte où la notion de décroissance est encore largement débattue.

Clarifier le « pourquoi » de la circularité

Pour les responsables Supply Chain, passer d’un modèle linéaire à un modèle circulaire représente un défi majeur. La première question à se poser est simple en apparence, mais structurante : « Pour quoi faire ? »

Anaïs Leblanc distingue trois grandes motivations chez les entreprises qu’elle accompagne :

  • La quête de résilience, la circularité permettant de sécuriser certains approvisionnements en matières ou composants critiques.
  • La réponse à une demande client, dans un contexte de crise sociale, de décarbonation et d’attentes accrues en matière de responsabilité environnementale et sociale.
  • La contrainte réglementaire, la législation française et européenne se faisant de plus en plus exigeante sur ces sujets.

Ces motivations se traduisent jusque dans les processus, par exemple avec l’introduction de nouvelles notions dans le S&OP, comme celle de « gisement » de produits à récupérer ou à réemployer.

Par quoi commencer concrètement ?

Une fois le « pourquoi » clarifié, la deuxième question clé porte sur le business model cible : rachat, revente, location, modèle à l’usage… Chaque modèle a des impacts forts sur la Supply Chain, sur les flux physiques et sur l’intégration des flux d’information.

Se pose ensuite la question du make or buy : que traiter en interne, que confier à des partenaires sur ces boucles circulaires ? Cela implique d’identifier et d’animer un réseau d’acteurs, souvent local, pour rendre les schémas viables économiquement et écologiquement.

L’acteur clé de la gestion des coûts est étroitement lié à la définition du schéma directeur logistique et industriel, qui doit rester en parfaite cohérence avec le business model et le marché adressé.

Des schémas directeurs à ajuster finement

Pour certains produits de faible valeur, lourds ou volumineux, la rentabilité globale de la boucle circulaire doit être étudiée avec beaucoup de précision. Les coûts de logistique, de transport et d’opérations pèsent lourd dans l’équation.

Les stratégies varient fortement selon les entreprises : certaines ouvrent des plateformes locales pour rester proches des clients, tandis que d’autres préfèrent capitaliser d’abord sur leurs infrastructures logistiques existantes ou sur des 3PL.

De nombreux paramètres entrent en jeu : coûts fixes, volumes potentiels, image de marque, disponibilité des ressources sur les territoires, mais aussi impact environnemental et social.

De nouveaux rôles dans la chaîne de valeur

La mise en place de modèles circulaires fait émerger de nouveaux acteurs et de nouveaux rôles dans la chaîne de valeur. Le client final devient parfois contributeur actif de la boucle (retour de produits, participation à des programmes de reprise, etc.), tandis que le produit lui‑même est pensé pour plusieurs cycles d’usage.

Anaïs Leblanc rappelle qu’« il existe beaucoup de modèles opérationnels différents derrière la notion de circularité » et que les entreprises expérimentent progressivement pour valider la faisabilité technique, le passage à l’échelle et la pertinence économique des solutions.

L’enjeu est d’intégrer ces dimensions sans perdre de vue l’impact social et environnemental global des choix opérés.

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