Quand la Chine tombe malade,
c’est la Supply Chain mondiale qui se grippe

Quand la Chine tombe malade,
c’est la Supply Chain mondiale qui se grippe

Quand la Chine tombe malade,
c’est la Supply Chain mondiale qui se grippe
600 450 Conseil stratégique & opérationnel I approche end-to-end | digitalisation de l'entreprise

La Chine est indubitablement la grande gagnante de la mondialisation. Son économie est aujourd’hui au cœur de presque toutes les grandes chaînes de valeurs de la planète, elle est à la fois le plus gros marché et le premier fournisseur du monde. Il est donc évident que lorsque la Chine affronte une épidémie du type actuel, et que des mesures de restriction de déplacement touchent une personne sur deux, l’impact ne peut être que mondial.  

Nous avons tous été frappés par les images de villes entièrement désertes, les habitants étant confinés dans leurs logements par l’effet combiné des restrictions de circulation et de la peur. Les magasins se sont vidés, de même que les usines de production, ce qui a donné un coup de frein sans précèdent à la formidable machine de production chinoise. Les impacts sont eux aussi à l’échelle de cette économie, et leur portée est prodigieuse.  

En Chine

Tout d’abord en Chine, la croissance est attendue à 4% en 2020 dans un pays habitué à des taux à deux chiffres. La baisse de la production industrielle est estimée entre 15 et 40% suivant les secteurs, la production d’acier est revenue à son niveau d’il y 5 ans, 70% des vols intérieurs ont été annulés, et bonne nouvelle, les émissions de CO2 ont reculé de 25% soit une chute de 1% annualisé.  

Dans le reste du monde, l’impact est tout aussi important. Le FMI anticipé début février un impact mondial de 0,1% à 0,2% de point de croissance annuelle. Quand on sait que la Chine contribue à hauteur de 40% à la croissance de ce PIB, le discours du FMI reste très prudent ! Début février, les cours de pétrole ont chuté de 10% par rapport à la moyenne des six mois passés. A la suite du ralentissement de la demande chinoise, les pays de l’OPEP cherchent déjà à ajuster leur production et les discussions entre l’Arabie Saoudite et la Russie vont bon train.

Dans le Monde

Vient ensuite le secteur des transports qui anticipe des centaines de milliards de dollars de pertes doubles des échanges de biens et de personnes. Le marché de l’automobile est très inquiet des impacts que vont avoir les difficultés d’approvisionnement en batteries sur le lancement des nouveaux véhicules hybrides et électriques, la Chine étant à ce jour le seul fournisseur sérieux des terres rares utilisé pour leur fabrication. Les prochaines publications trimestrielles des principales entreprises mondiales risquent elles aussi d’être extrêmement décevantes. Le secteur du luxe, par exemple, va être fortement impacté. Apple a déjà émis des alertes sur la disponibilité de son précieux iPhone, son principal assembleur (FOXCONN) étant très impacté.  Et pour finir, le cours de l’or quant à lui, continue toujours de grimper, trahissant de fortes craintes de récession de la part des investisseurs. 

En France

Si l’impact pour notre pays a été, au départ, modéré par les encours de stock et transit avec la Chine, les premiers effets commencent à être visibles et forcent les autorités à réagir. La première grosse information est d’abord tombée du côté d’Air France qui parle de pertes allant jusqu’à 300 millions d’euros. LVMH numéro un du luxe, quant à lui, affiche un quatrième trimestre 2019 en recule de 3 points par rapport au trimestre précèdent (passant de +11% à +8%) et les analystes semblent s’accorder à anticiper un premier trimestre 2020 décevant. Plusieurs entreprises commencent à recourir à des mesures de réduction du temps de travail et de flexibilisation de l’outil de production par manque de composants, sans parler des annulations massives de réservations de séjours par les touristes chinois d’ordinaire nombreux à nous visiter. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, anticipe une perte de croissance minimale de 0,1% s’alignant ainsi sur les données du FMI, la Chine étant le premier client de notre pays hors Europe, ces chiffres peuvent sembler optimistes.  

Face à ces conséquences, les appels à la relocalisation et à la fin de la dépendance française et européenne se multiplient, le programme le plus emblématique de cette volonté nouvelle est le programme européen de fabrication local de batterie qui relève plus d’une question de souveraineté aujourd’hui que d’une question industrielle (la Chine contrôle 95% de la production des terres rares et les batteries représentent 50% de la valeur d’un véhicule électrique).  

Bien que les volontés nouvelles de relocalisation ou de développement de sources nouvelles en France et en Europe soient plus que louables, il convient de se poser la question réelle de notre capacité à réaliser ce genre de projets. Les besoins en financement seront conséquents et obligeraient les états à avoir recours à plus de dettes pour y parvenir alors que la situation de la plupart des pays européens industrialisés sur ce plan est déjà délicate. Se pose aussi la question des ressources humaines et du savoir-faire, des décennies de délocalisation ont fait disparaître beaucoup de savoirfaire dans plusieurs domaines, qu’il sera difficile de retrouver.  

Les conclusions qu’il faudra tirer

Cette crise a au moins le mérite de mettre en évidence l’extrême dépendance mondiale de l’économie vis-à-vis de la Chine, qui au sortir de la mondialisation, est devenue l’atelier du monde. Bien qu’il soit impossible de se passer de la Chine comme client pour nos produits ou de fournisseurs pour une part importante de produits et matières, il convient que, par soucis premiers de souveraineté et d’indépendance économique, l’Europe mette en place des programmes ciblés de double sourcing  et que les entreprises acceptent de payer plus cher un produit en double source afin de préserver une continuité d’approvisionnement et une certaine liberté de pilotage de leurs supply chain.  

Chez Citwell nous avons acquis depuis plusieurs années une conviction quant à certains modèles économiques et  une certaine approche des chaînes logistiques mondialisées.  

Cette conviction s’articule autour de la notion fondamentale de coût complet et nous avons développé une expertise reconnue dans ce sens, qui nous permet d’être aujourd’hui à la pointe en matière de valorisation des scénarios de schémas logistiques avec des sourcings alternatifs dans un périmètre global.  

Pour faire simple, notre approche consiste à intégrer l’ensemble des paramètres industriels, logistiques et de distribution, en plus du simple paramètre financier.  Il convient dans chaque cas d’étudier la pertinence de la démarche financière en intégrant l’ensemble des répercussions industriellespuis de prendre en considération les risques à gérer sur l’ensemble de la nouvelle chaîne d’approvisionnement.  

Par exemple, si une entreprise souhaite délocaliser en Asie pour baisser ses coûts de production, la baisse escomptée doit être pondérée par l’impact sur les encours et les stocks qui vont obligatoirement augmenter à mesure que la chaîne d’approvisionnement s’allonge. Il faudra aussi intégrer l’augmentation des tailles de lots (achats par conteneurs entiers), l’augmentation du BFR, puis viendront s’ajouter les risques réglementaires, douaniers, géopolitiques et qualité voir même des risques d’obsolescence. On pourra aussi intégrer la tolérance ou plutôt l’intolérance des clients finaux envers les produits à fort impact environnemental. De ce fait, pour cet exemple une solution alternative plus pertinente pourrait être de proposer un pays low cost en Europe comme la Bulgarie qui a un salaire minimum autour de 280€ ce qui permet de contenir un maximum de risque tout en maintenant l’objectif de rentabilité.  

Enfin, Citwell posera la question de la satisfaction de marchés avec la réactivité attendue et la promesse requise, pour que les entreprises réussissent à se différencier et à gagner des parts de marché par la puissance de leur supply chain globale. 

Laurent Penard, Président et Mahdi Bioui, Consultant & Expert Supply Chain, groupe Citwell.

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