Décarboner le transport, ce n’est pas seulement changer de carburant ou de mode : c’est transformer la manière dont on mesure, pilote et arbitre ses flux. Et pour cela, tout commence par la donnée. Pas de pilotage sans indicateurs. Pas de trajectoire crédible sans mesure. Pas d’amélioration sans transparence. La donnée carbone est devenue la brique centrale de toute stratégie transport bas carbone : elle permet de quantifier les impacts, de prioriser les leviers, et de mesurer les résultats dans le temps.
Sortir des données dispersées et peu exploitables
Dans de nombreuses entreprises, la donnée transport reste encore fragmentée, estimée, peu harmonisée, et difficilement mobilisable : multiples systèmes, formats hétérogènes, périmètres flous… Résultat : des empreintes souvent calculées a posteriori, à partir de moyennes, sans lien direct avec les décisions opérationnelles.
Dans nos accompagnements, nous observons encore beaucoup d’organisations où la donnée carbone est un reporting subi, plus qu’un outil d’aide à la décision.
De la mesure à l’action : une donnée intégrée au pilotage
La maturité progresse : de plus en plus d’acteurs intègrent la donnée carbone au cœur de leurs outils logistiques. D’un indicateur statique, elle devient un véritable critère de décision, mis à jour en continu et exploité pour arbitrer les flux, au même titre que le coût ou le délai.
Cette évolution s’appuie sur des solutions désormais bien intégrées dans les pratiques :
- Des TMS enrichis de fonctionnalités carbone, pour intégrer l’impact CO₂ dans les scénarios de transport,
- Et des outils spécialisés de Logistics Carbon Accounting Management (LCAM), pour fiabiliser la donnée et faciliter son exploitation à l’échelle opérationnelle.
Leur efficacité dépend toujours d’un cadre de gouvernance clair, porté par les fonctions transport, RSE, finance et IT. C’est ce socle qui garantit la qualité, l’alignement et l’usage réel de la donnée.
Structurer la gouvernance de la donnée carbone
La donnée CO₂ ne peut pas être gérée comme une simple extraction. Elle doit s’inscrire dans un dispositif structuré et partagé, pour qu’elle soit :
- Fiable (données primaires, sources validées)
- Comparable (facteurs d’émission harmonisés, unités cohérentes)
- Exploitable (mise à jour régulière, intégrée aux outils existants)
- Auditée (traçabilité, cohérence avec le reporting RSE/financier)
- Alignée (indicateurs partagés, méthodologie commune, compréhension homogène entre les différentes fonctions)
La gouvernance de la donnée carbone est donc un enjeu organisationnel à part entière : elle nécessite des rôles clairs, des processus partagés et un alignement préalable sur la définition des indicateurs, leurs périmètres et ce qui est calculé.
La donnée est un levier stratégique pour décarboner le transport. Elle ne doit pas être cantonnée à un usage réglementaire ou à des reporting génériques.
Faire du carbone un critère de performance à part entière suppose donc une donnée carbone pleinement intégrée aux décisions logistiques, comprise par tous, et activée au quotidien. La gouvernance ne doit pas en être une contrainte, mais un catalyseur.